Sor Juana Ines de la Cruz, une religieuse féministe au XVIIe siècle

Les premiers paragraphes de ce billet, proviennent du site web AL Actualité Littérature, dans un article qui porte le titre de : Sor Juana Inés de la Cruz, poétesse des Amériques et féministe. Il me semble être le résumé le plus complet en français à l’égard de cette poétesse mexicaine. Il est très difficile, vu qu’elle était une écrivaine baroque, de transférer la force de sa poésie lors d’une traduction. Mais ce l’est cas avec n’importe quelle poésie en verse. Cependant, une des forces de Sor Juana est sa vie et les problèmes auxquels elle a été confronté en tant que femme intellectuelle du XVIIe siècle.

À une époque où les études supérieures étaient réservées aux hommes, elle envisageait de se travestir pour écarter cet obstacle : Sor Juana Inés de la Cruz, qui vécut pendant la seconde moitié du XVIIe siècle au Mexique, incarne aujourd’hui un certain archétype de la femme savante, indépendante et féministe. Malgré son succès, elle se retira dans un couvent pour dédier sa vie à l’art et à l’écriture.


Portrait par Miguel Cabrera (1750, détail)  

Considérée comme la première poétesse des Amériques, Juana Inés de la Cruz serait née entre 1648 et 1651 au Mexique (alors la Nouvelle-Espagne), et son histoire fait désormais partie des légendes littéraires. Venue au monde dans un milieu rural modeste, élevée par sa mère et son grand-père sans figure paternelle, Juana Inés de la Cruz aurait rapidement mis des livres entre ses mains. Beaucoup de livres : selon ses écrits, elle aurait commencé à lire à l’âge de 3 ans…

Entre 12 et 15 ans, elle part pour la capitale du pays Mexico, où se fait rapidement connaitre comme la jeune prodige qui signe déjà des poèmes remarquables : la cour du vice-roi de Nouvelle-Espagne l’accueille bientôt. Cette porte ouverte lui permet d’étancher, pour un temps, sa soif de connaissances, avec l’apprentissage du latin, des mathématiques, de la philosophie.

Dame de compagnie de la vice-reine du Mexique, la Marquise de Mancera, à partir de 1662, Juana Inés de la Cruz est courtisée, tant par les lettrés que par des prétendants : avant ses 30 ans, elle entre au couvent de Saint Jérôme, à la fois pour dédier ses écrits à Dieu et pour échapper à la célébrité.

« Elle est entrée dans un couvent pour devenir une érudite, montrant petit à petit que son écriture pourrait être un bienfait au service de Dieu », explique Seonaid Valiant, spécialiste des lettres latino-américaines à l’université d’État de l’Arizona. « Elle se souciait profondément de la qualité et du but de sa vie et le fait de l’exprimer en a fait un personnage américain. Sor Juana utilisait le mot “Je” : elle nous dit : “J’ai de l’ambition. J’ai des besoins.” Elle est l’une des premières Américaines à dire cela. »Un savoir hors du commun

L’université américaine a fait l’acquisition d’un document exceptionnel signé par Juana Inés de la Cruz, le Neptuno alegórico (1680), un texte en prose qui décrit l’arrivée du nouveau vice-roi de la Nouvelle-Espagne, commandé par l’archevêque de Mexico. Deux exemplaires originaux seulement sont connus.

Dans ce texte, Juana Inés de la Cruz décrit le nouveau vice-roi sous les traits de Neptune émergeant des flots, une référence qui dit tout, selon les chercheurs, des vastes connaissances de l’auteure en matière de culture classique. « Elle était autodidacte et connaissait tous les grands érudits classiques. Avec cette première édition, nous pouvons aborder le texte avant qu’elle n’y incorpore des corrections dans la troisième édition », note encore Valiant.

Juana Inés de la Cruz s’était constitué l’une des plus importantes bibliothèques de la Nouvelle-Espagne, qu’elle vendra à la fin du XVIIe siècle pour en reverser les profits aux pauvres. À sa mort, en 1695, elle était encore entourée de près de 200 livres.

Voici quelques exemple de sa poésie et des études qu lui ont été consacrées.

Hombres necios que acusáis a la mujer, sin razón, sin ver que sois la ocasión de lo mismo que culpáis; Hommes stots qui accusez la femme sans aucune raison, sans voir que vous êtes l’occasion des choses que vous leur reprochez;
si con ansia sin igual solicitáis su desdén, por qué queréis que obren bien si las incitáis al mal? si par un désir excessif vous sollicitez leur dédain, pourquoi agiraient-elles bien si vous les incitez au mal?
Combatís su resistencia y luego, con gravedad, decís que fue liviandad lo que hizo la diligencia.
Vous combattez leur résistance et ensuite, avec gravité, vous dites que fut légèreté ce qu’a obtenu l’insistance.
Opinión, ninguna gana, pues la que más se recata, si no os admite, es ingrata, y si os admite, es liviana. A votre éloge nulle n’a droit, puisque la plus délicate, si elle vous refuse, est ingrate, et si elle vous accepte, frivole.
¿Pues, para qué os espantáis de la culpa que tenéis? Queredlas cual las hacéis o hacedlas cual las buscáis. Pourquoi vous épouvantez-vous d’une faute qui est la vôtre? Aimez-les comme vous les faites ou faites-les comme vous voulez.
Bien con muchas armas fundo que lidia vuestra arrogancia, pues en promesa e instancia juntáis diablo, carne y mundo. Je suppose que bien armée s’exerce votre arrogance, puisque de promesse en instance vous joignez diable, chair et monde.

Un sonnet de Sor Juana Inés de la Cruz
(Traduit par Frédéric Magne, Editions La Délirante)

Detente, sombra de mi bien esquivo
imagen del hechizo que más quiero,
bella ilusión por quien alegre muero,
dulce ficción por quien penosa vivo.
Arrête-toi, ombre de mon bien cruel,
image du sortilège que je préfère,
belle illusion pour qui je meurs joyeuse,
douce fiction pour qui je vis en peine.
Si al imán de tus gracias atractivo
sirve mi pecho de obediente acero,
¿para qué me enamoras lisonjero,
si has de burlarme luego fugitivo?
Si à l’aimant tout puissant de tes grâces
ma poitrine sert d’obéissant acier,
pourquoi me parler d’amour flatteur
si après tu dois fugitif me tromper ?
Mas blasonar no puedes satisfecho
de que triunfa de mí tu tiranía;
que aunque dejas burlado el lazo estrecho

Mais tu ne peux pas tirer gloire, satisfait,
de ce que triomphe en moi ta tyrannie :
car même si tu défaisais le lien étroit
que tu forma fantástica ceñía,
poco importa burlar brazos y pecho
si te labra prisión mi fantasía.
qui ceignait ta forme fantastique,
peu importe échapper aux bras et poitrine
si mon imagination te forge une prison.

Sor Juana Inés de la Cruz, une expression des élites culturelles mexicaines du XVIIe siècle par
Marie-Cécile Bénassy-Berling

Lettre de Sor Juana Inés de la Cruz à son confesseur, Mexique, 1681

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Deux religieuses se prononcent sur l’éducation des femmes en context ecolonial catholique : Marie de l’incarnation et Sor Juana Inés de la Cruz par Hélène Rompré

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