Le rôle de la bibliothèque dans le processus de démocratisation au Mexique

Traduction de l’espagnol au français d’un article paru dans la revue espagnole Educación y Bibliotecas (Éducation et Bibliothèques). Dans cet article, trois chercheures mexicaines font un bilan des défis pour les bibliothécaires au Mexique en ce qui a trait au rôle des bibliothèques dans l’acquisition du savoir, dans la transmission de l’information, dans la formation aux nouvelles technologies et dans la préservation de la diversité culturelle dans un pays multiculturel et multilingue (langues autochtones), mais avec une seule langue officielle, l’espagnol.

Actuellement, les progrès réalisés par un pays sont évalués non seulement en raison de son expansion et de sa portée économique, mais aussi en raison du développement obtenu par les ressources offerts aux citoyens. Ainsi, la société doit avoir pour objectif premier le développement des êtres humains, c’est-à-dire le développement de leurs capacités biologiques, psychologiques, sociales et spirituelles.

Il ne suffit pas que tous les habitants d’un pays aient accès à des biens de base tels que le logement, l’alimentation et la santé, il est également nécessaire qu’ils participent tous à des biens culturels, qui se développent de manière intégrale et, dans cette mesure, peuvent enrichir notre pays.

En même temps, il est essentiel de prendre en compte le fait que le pays n’est pas isolé du processus de mondialisation et que la croissance de l’individu dépend également de sa capacité à participer et à interagir dans la vie nationale et dans le concert international.

Cependant, le Mexique est un pays caractérisé par de profonds contrastes économiques, sociaux et éducatifs qui entravent parfois la planification de programmes globaux et homogènes permettant à chacun d’accéder aux biens culturels.

En termes de lecture, par exemple, outil essentiel de l’éducation, la population oscille, de manière presque vertigineuse, entre ceux qui autant utilisent et dominent la connaissance écrite et la produisent, et, à la fin de le spectre, ceux que nous définissons comme analphabètes fonctionnels; mais il y a aussi les autres, ceux qui n’ont que l’oralité comme moyen de comprendre et donc de modifier et d’enrichir leur environnement.

Mais entre ces extrêmes, il existe un éventail de groupes, de secteurs et de personnes qui font également face à des problèmes différents en termes d’utilisation, de gestion et d’appropriation de textes écrits, qui déterminent tout un large éventail de besoins en informations différents, ce qui nécessite à son tour des collections qui contiennent différents types de matériaux et de contenus, comme de services et des modalités multiples d’attention de la part des bibliothèques, ainsi que des stratégies capables de former à la fois des lecteurs et des producteurs d’informations.

Problématique

Un peuple qui ne lit pas possède des moyens médiocres pour communiquer oralement et/ou par écrit et ne dispose que de peu d’informations lui permettant de progresser et d’apporter de nouvelles idées pour lui-même et pour les autres. Dans une telle situation, il ne peut pas pleinement pratiquer la démocratie, car il ne dispose pas d’éléments de jugement lui permettant d’exercer une critique réelle. Et un tel peuple serait incapable de se percevoir soi-même et se comprendre.

Dans un tel pays, l’information est facilement remplacée par la rumeur et la connaissance par des « convictions » qui appauvrissent la participation des citoyens, ce qui permet également que les décisions nationales et internationales aient une influence sur lui sans pouvoir y prendre part.

Il convient de noter que dans ce contexte national, environ 10 % de la population construit encore son identité par le biais de la culture orale et transmet son patrimoine culturel de cette même façon. Nous nous référons aux détenteurs de cultures et de langues diverses dont l’héritage n’est pas enregistré dans les médias écrits et audiovisuels, une situation qui nous fait perdre une partie importante de cet héritage qui devrait être disponible et nourrir l’ensemble de la population dans le cadre de nos racines historiques.

Afin de concevoir des stratégies de formation des lecteurs, nous devons tenir compte des différents degrés de fluidité de la population de lecteurs sans oublier la problématique autochtone, car il s’agit de concevoir et de mettre en pratique des parcours pluriels permettant l’éducation de l’ensemble de la population pour tirer parti des avantages de la lecture et de l’écriture, qui restent les moyens les plus importants de socialiser la connaissance l’humaine et de progresser dans la tâche de prise de conscience de la réalité comme une étape nécessaire pour la transformer et générer de nouvelles contributions qui nous permettent de nous articuler dans le monde entier.

Bibliothèque Nationale du Mexique
Bibliothèque Nationale du Mexique

La bibliothèque publique, de par sa nature de service facilitant l’accès à l’information et au savoir, idéalement à l’ensemble de la population, est proposée comme un pilier important pour socialiser la connaissance de nos cultures et la conjuguer à une connaissance internationale. Le défi fondamental des bibliothèques publiques est de devenir l’un des éléments fondamentaux qui nous aideront à parvenir à une démocratisation complète de la société.

Une des erreurs fondamentales de la bibliothèque publique des zones rurales et urbaines marginales et des campagnes de lecture dans ces populations a été de ne pas avoir envisagé les moyens de passer de l’oralité à la lecture et à l’écriture, de sorte que l’action a eu de piètres résultats. Par conséquent, il est temps de capitaliser sur les expériences et de proposer que ces bibliothèques disposent également de matériels audiovisuels, principalement sonores, visuels et audiovisuels, ainsi que de matériels rédigés en langues autochtones et en espagnol, dont les vocabulaires sont accessibles et conformes à ces différents univers. Avec le but d’attirer la bibliothèque auprès de cette population et fournir de meilleurs services.

Objectif

L’objectif de la bibliothèque publique serait de contribuer à la formation d’un citoyen capable d’exercer la démocratie à travers d’un véritablement accès et utilisation de l’information et du savoir. Mais pour cela, il sera nécessaire qu’en plus de prendre en considération la population qui maîtrise la lecture et l’écriture sois pris en compte que l’oralité a été jusqu’à présent le principal moyen d’information et de communication d’une grande partie de la population. Former des lecteurs, cependant, requière des stratégies de conception permettant le passage de l’oralité à la lecture et à l’écriture de manière progressive, car l’objectif est de parvenir à une société de lecture capable de faire valoir son droit à l’information en tant que manifestation d’idées et comme composante a développer pour accroître la participation citoyenne et réussir à ce que la bibliothèque publique contribue à démocratiser de manière véridique l’information et la connaissance dans une société pluriculturelle et multilingue.

Les propositions

  1. Serait nécessaire d’élaborer des politiques d’information qui a) définissent un système d’information national b) qui guident adéquatement l’attention des bibliothèques et c) qui prennent compte des contrastes profonds et des différences qui caractérisent notre diversité nationale.
  2. Pour garantir que les bénéfices des politiques d’un système d’information national et des bibliothèques aient un véritable effet dans la population, il sera nécessaire que celle-ci participe à leur construction. Dans ce cas, il est suggéré d’utiliser la méthodologie de recherche-action.
  3. D’autre part, afin d’éviter les comportements qui ont gravement compromis l’exécution des actions en faveur de la population (corruption), il sera également nécessaire, dans le cadre de la stratégie, de mener des actions éducatives guidant la construction d’une éthique qui prend en compte les valeurs humaines lorsqu’on essaie de construire une société plus équilibrée.
  4. Il serait utile que le programme des bibliothèques nationales assume, dans le cadre de ses fonctions, celle de contribuer, conjointement avec les secrétariats du gouvernement, aux programmes de production du matériel nécessaire pour assurer une transition souple de l’oral à l’écrit.
  5. Il est nécessaire que les bibliothèques des zones rurales et urbaines marginales collaborent à des projets d’alphabétisation des adultes, ainsi qu’au rétablissement de la richesse pluriculturelle et linguistique, ce qui nous permet de reconnaître notre identité culturelle locale et nationale.
  6. Les deux points précédents impliqueraient la création de groupes de travail interdisciplinaires à la fois pour générer ces matériaux et pour concevoir des stratégies de service pour ces communautés.
  7. Il serait également nécessaire que les bibliothèques publiques promeuvent des systèmes d’information et de participation des citoyens, dans lesquels les utilisateurs peuvent non seulement utiliser les informations gouvernementales et publiques, mais aussi en apporter leurs propres idées, problèmes et propositions comme forme d’interaction sociale.
  8. Étant donné que la bibliothèque publique est considérée comme service de médiation pour l’utilisation d’informations écrites, il serait souhaitable de pouvoir offrir à la population des services pour ceux nécessitant l’utilisation de la lecture et de l’écriture afin de faciliter le traitement et la gestion des services publics qui font partie de leurs besoins quotidiens. On essaierait de réaliser ceci en utilisant des technologies telles que le fax, le courrier électronique, les consultations électroniques, etc.
  9. Il est inévitable d’élaborer des stratégies de formation des lecteurs et d’encouragement à la lecture sur la base de méthodes de recherche prenant en compte de la diversité des groupes sociaux et des couches sociales mentionnées, sans oublier les groupes vulnérables tels que les enfants dans la rue, les handicapés sociaux, les « gangs de rue », les prisonniers et les personnes vivant dans l’extrême pauvreté, ainsi que les handicapés physiques, parmi lesquels nous devons compter les aveugles, les sourds, ceux atteintes de paralysie cérébrale, les handicapés intellectuels, les malades et les autres.
Grande Bibliothèque du Mexique (José Vasconcelos)
Grande Bibliothèque du Mexique (José Vasconcelos)

Conclusions

Pour conclure, nous souhaitons réitérer ce qui suit:

  1. Pour parvenir à la démocratisation et à la consolidation de notre société, il est nécessaire que les citoyens exercent leur droit de s’informer et d’exprimer leurs idées, ce pour quoi il est essentiel de se former en tant que lecteur critique et autonome, contributeur de connaissances. La promotion de la lecture et de l’écriture, en plus de favoriser ce qui précède, sont des éléments qui aident non seulement à améliorer la qualité de la vie des personnes, mais également à promouvoir la croissance et la construction de chacun en tant qu’individu autonome qui autogéré son propre développement. La lecture et l’écriture sont les facilitateurs par excellence de l’appropriation de cette identité nationale et ceux qui permettent l’articulation des citoyens au concert international.
  2. L’identité culturelle est construite sur la base que la communauté a autant de son passé et que de sa situation actuelle, ce qui lui permettra d’avoir une perspective sur l’avenir. Par conséquent, en reconnaissant leur identité culturelle, la communauté comprendra et valorisera ces caractéristiques distinctives qui lui confèrent un sentiment d’appartenance, tout en offrant un lieu où participer au développement humain et social.
  3. Ainsi, il est inévitable de développer des stratégies qui contribuent à passer de l’oralité à l’écriture afin de contribuer à réduire le vide social historique existant au Mexique, ainsi qu’à équilibrer le droit de la majorité sociale à l’appropriation des différents moyens et formes qui existent pour accéder à l’information.

Martha Alicia Morve Guillén,

anorve@servidor.unam.mx

María del Rocío Graniel Parra y María Trinidad Román Haza.

Investigadoras del Centro Universitario de Investigaciones Bibliotecológicas de la UNAM (México)

trgraniel@servidor.unam.mx

haza@servidor.unam.mx

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Educación y Bibliotecas -121, 2001.

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