Au revoir aux bibliothèques

Par Marta García Aller publié originalement en langue espagnole dans le journal El Independiente le 27 Juillet 2018 avec le titre : Adiós a las bibliotecas.

Traduction par Alejandro Labonne.

 

Un article dans le magazine Forbes proposait, il y a quelques jours, de remplacer toutes les bibliothèques publiques avec la librairie Amazon qui aurait plus de titres, serait accessible partout et ne coûterait rien aux contribuables.

À l’ère Google, beaucoup de choses sont disparues de notre vie quotidienne. Dans notre téléphone intelligent, on apporte notre calculette, des cartes géographies et un appareil photographique. Nul besoin d’être près d’une bibliothèque pour avoir accès à des journaux gratuits parce qu’ils sont accessibles aussi dans notre téléphone et, grâce à lui, on peut trouver la réponse à des questions pour lesquelles auparavant nous étions obligés de consulter une encyclopédie.

Dans cette ère numérique, disparaîtront-ils les bibliothèques ?

« La technologie a transformé les livres physiques en articles de collection, ce qui élimine le besoin de services de prêt de bibliothèque », explique Panos Mourdoukoutas, professeur à l’Université de Long Island, dans son article controversé. Si ce n’étaient pas des institutions publiques, les bibliothèques auraient déjà subi la même chose que les vidéoclubs, selon cet économiste.

 

« Si ce n’étaient pas des institutions publiques, les bibliothèques auraient déjà subi la même chose que les vidéoclubs, selon cet économiste. »

 

Les bibliothécaires ont réagi rapidement dans les réseaux sociaux contre l’article en faisant une forte défense des bibliothèques. Ils affirmaient qu’une entreprise privée comme Amazon ne pourrait pas faire leur travail en faveur du développement de la lecture, de la vie communautaire et d’une bonne conversation. Ils affirmaient également que les conseils personnels donnés par un bibliothécaire dépassent de loin ceux d’un algorithme à des fins commerciales qui a comme objectif des recommandations biaisées.

Les bibliothécaires pourraient également étaler les avantages économiques en ce qui a trait à la défense des bibliothèques. Selon une étude réalisée en Navarre par le Conseil de coopération entre bibliothécaires, chaque euro investi dans les bibliothèques est multiplié par quatre, parce que les bibliothèques sont aussi un indicateur de développement social.

Cependant, Mourdoukoutas n’a peut-être pas tort à dire que les bibliothèques ne peuvent pas continuer à ignorer que le monde a changé avec Amazon. Aux États-Unis, ils deviennent de plus en plus de lieux de rencontre : en plus d’aller emprunter des livres, vous y pouvez apprendre à utiliser les imprimantes 3D, participer à des rencontres avec des écrivains et trouver une vie communautaire avec des rencontres culturelles. En Espagne, également, il y a celles qui combinent la narration de comptes à d’autres activités et qui offrent une connexion Wi-Fi gratuite et à l’accès à des ordinateurs.

 

« Les bibliothèques auront un grand avenir si elles revendiquent leur valeur en tant que lieu de rencontre avec la culture. »

 

Les bibliothèques auront un grand avenir si elles revendiquent leur valeur en tant que lieu de rencontre avec la culture. Dans un monde où de plus en plus d’objets deviennent des bits et dont l’amitié dépend des messages visionnés, la valeur du temps partagé dans le monde physique va augmenter. Espérons que nos bibliothèques seront à la hauteur, car nous aurons besoin de plus de vie et de moins d’écrans.

Il n’y a pas beaucoup d’endroits où vous pouvez aller étudier tout en étant frais en été. Mourdoukoutas suggère qu’une telle tranquillité est également possible dans Starbucks, mais le café à quatre euros pour des étudiants qui doivent y passer environ 300 soirs par année s’avère très dispendieux.

Les bibliothèques ont aussi quelque chose dont Amazon ne peut qu’en rêver : le plaisir du hasard. Entrer dans une bibliothèque et passer votre doigt sur les étagères à la recherche du prochain titre a une dimension d’impondérabilité qui nous refuse l’algorithme. Nous avons choisi un livre et pas un autre parce que nous l’avons trouvé dans le panier de ceux qui ont été écartés ou parce que la couleur a attiré, sans vouloir, notre attention. Nous trouvons dans les bibliothèques des choses que nous ne savions pas que nous recherchions et qu’aucun algorithme n’aurait pu prévoir. De plus, si nous avons de la chance, dans les bibliothèques, nous pouvons même trouver des livres que même Amazon ne connaît pas.

J’espère que les bibliothèques continueront d’exister. Pour savoir si elles vont survivre, il faut se demander : c’était quand notre dernière visite à une bibliothèque ? Si on se souvient de leur importance en tant que vecteur de notre culture que quand un économiste écrit un article provocateur dans Forbes appelant à sa fermeture, il pourrait se produire avec elles la même chose que lorsqu’on nous avait annoncé la fermeture d’un bar que nous aimions, mais dans lequel on n’avait pas mis le pied depuis dix ans. Et en Espagne, il y a 21 bars par chaque bibliothèque.

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