Ce billet est la continuation du billet traitant sur le « Boom » latino-américain.

Cette fois-ci, j’aborde, La ville et les chiens (1963) le premier du roman de l’écrivain péruvien Mario Vargas LLosa (1936 ̶ ). Roman qui, à mon avis, est un exemple parfait du néoréalisme latino-américain.

Mario Vargas Llosa, âgé aujourd’hui de 81 ans, est né au Pérou en 1936. Il a été primé avec le prix Cervantès le prix le plus important en langue espagnole  ̶  et le Nobel de littérature. Vargas LLosa est aussi citoyen espagnol, en fait, il a reçu, de la part du roi d’Espagne, le titre de Marquis. D’autres prix à son actif son : Le Principe d’Asturias, Le Romulo Gallegos y le Biblioteca Breve.

mario-vargas-llosa-ville-chiens-L-MWtrNYÉcrivain controversé qui n’a jamais eu froid aux yeux pour dire ce qu’il pense et pour de changer de position:  Aimant Sartre et des positions militantes de gauche à ses débuts, maintenant, il s’oppose à l’indépendance de la Catalogne et il s’aurait prononce contre un candidat de gauche pour les élections présidentielles au Mexique.

Quoi qu’il en soit, il reste un des écrivains les plus importants de l’Amérique latine.

Comme les autres auteurs du « boom », son œuvre, à ses débuts, était caractérisée par un aspect technique expérimental par rapport aux possibilités formelles du roman, selon la vision moderniste : Joyce, Woolf, Faulkner, Stein. 

Dans ses premières œuvres, Mario Vargas LLosa restait, comme ses prédécesseurs, un écrivain réaliste urbain dont l’influence européenne se trouvait dans le néoréalisme italien et dans les idées sartriennes sur l’écrivain militant.

Mais La Ville est le Chiens, à l’intérieur de ce néoréalisme intense, est en rupture avec le naturalisme social subjugué à une idéologie quelconque qui dominait le Criollisme et le Costumbrisme dans cette période de la littérature latino-américaine.

Criollisme mouvement littéraire latino-américain caractérisé par des textes épiques sur la lutte de l’homme avec la nature et/ou avec les hiérarchies du pouvoir. Ce mouvement avait commencé au début des mouvements indépendance dans les pays de l’Amérique latine.
En tant que mouvement réaliste, le Costumbrisme, prônait pour que les disciplines artistiques reflètent avec une fidélité accrue les coutumes et us de la société. En ce sens, il était purement descriptif, sans vouloir analyser les situations décrites.
Ces deux mouvements mettent en valeur la description des situations et des anecdotes sur l’aspect formelle des œuvres.

Le roman suit quelques-uns de ses étudiants du collège, mais il nous présente aussi une myriade d’autres personnages : élèves, militaires, professeurs, parents, filles, etc. Tout ceci nous offre un panorama fort riche du microcosme autour de cette institution éducative, le véritable personnage principal du roman. En ce sens, il existe, tout le long du roman, l’idée que la meilleure façon de passer pour ce monde est celle de s’accommoder le mieux possible aux circonstances qui nous entourent même si cette accommodation demande la perte de notre individualité et désirs.

Résumé

À cause du vol d’un examen par un des élèves du collège (cadette Cava) les autorités doivent prendre des mesures disciplinaires : l’interdiction de sortir du collège et de recevoir des visites jusqu’à que le coupable soit connu. Ces mesures disciplinaires entraîneront des conséquences pour tous les impliqués, directe ou indirectement : élèves, professeurs, parents, etc.

S_6222-MLA52717784_4059-OUn des élèves, celui qui à cause de son caractère soumis et nommé l’Esclave, désirant sortir et rendre visite à une fille qu’il aime depuis toujours, dénonce Cava comme l’auteur du vol. À cause de cela, Cava est expulsé. Dans un des exercices militaires, l’Esclave meurt d’une tire sur la nuque. Pendant que les militaires qui dirigent le collège manipulent l’information pour que la mort soit déclarée un accident, le Poète – un des élèves et le premier narrateur du livre, celui avec qui le lecteur s’identifie le premier – dénonce le Jaguar, un des élèves les plus agressifs de la troisième année, comme l’assassin de l’Esclave en vengeance pour l’expulsion de Cava. Pour faire taire le Poète, le collège lui fait du chantage. Il se tait, mais il confronte en prison le Jaguar qui lui dit qu’il n’a pas tué l’esclave, même s’il aurait voulu le faire. Plus tard, le Jaguar confessera à un professeur qu’en effet, c’est lui l’assassin. Cependant, tout ceci reste une énigme et la vérité sur la mort de l’Esclave ne sera jamais clarifiée parce que le lecteur ne saura jamais à cent pour-cent si le Jaguar lui a véritablement tiré dessus ou s’il a prétendu le faire pour maintenir son rôle de leader incontesté dans le collège.

Technique et style

Le roman a été construit en deux parties et un épilogue. Chaque partie comprend huit chapitres. En apparence, le roman pourrait sembler un roman naturaliste, mais rapidement, il s’avère immergé dans une diversité des narrateurs et des points de vue sur une même situation.

La ville et Les Chiens ne suit pas une trajectoire linéaire. Le début du roman se trouve quelque part aux milieux des faits narrés. À tout le long de la narration, l’auteur insérera des récits racontant la vie des cadettes et les raisons qui les ont menés à s’inscrire dans un collège militaire. En ce sens, le roman nous présente plusieurs narrateurs et de chacun d’entre eux deux points de vue: l’extérieur – ce que le narrateur raconte – et leur monologue intérieur; leur flux de la conscience. Cette double vision fait en sorte que le roman, du point de vue stylistique, comprenne une surface néoréaliste inondée de symbolisme et de poésie.

Le lecteur créateur

9782070137305Presque tous les romans des années 60 des auteurs du   « boom » demandent beaucoup du lecteur. La ville et les chiens n’est pas l’exception. De par ses changements de perspective d’un narrateur à l’autre, et de par ses retours en arrière, il est difficile de discerner, dans les premières pages, à qui appartiennent les anecdotes racontées. Le roman requiert de la concentration ; loin des romans actuels remplis de chapitres courts et des pistes disséminés par ci et par là pour éviter que le lecteur ne s’ennuie pas et qu’il ne soit pas confondu.

L’aspect le plus important de cette difficulté, c’est que l’auteur considère au lecteur comme faisant partie de la création du roman : que la vérité n’existe que dans les yeux du lecteur.

Les femmes dans le roman

Un aspect à mettre en relief dans le roman est la situation des femmes. Elles sont importantes pour la tournure des événements. Mais cette importance est celle de quelque chose que l’on doit posséder, même s’il s’agit de l’être désiré et aimé. Elles n’ont pas d’échappatoire et elles en semblent bien conscientes, bien plus que les hommes. Elles reconnaissent que le mieux qu’elles peuvent faire est de s’accommoder aux besoins des hommes, comme ils doivent le faire aux instances de la société. En quelque sorte, elles sont les seules à savoir et à bien assimiler la vérité que se dégage du roman : que collectivement tous vivons une imposture

L’imposture collective

En effet, le premier titre du roman était les imposteurs, dénotant aussi l’impuissance de ces jeunes à se libérer des contraintes sociales qui les obligent à agir d’une façon déterminée en les déposant de leur identité pour les former en tant qu’adultes bien ciselés selon les bonnes normes sociales. Bien sûr, Llosa fait une critique de la constante valorisation de certains traits de caractère masculin sur d’autres (agressivité, etc.) tout ceci, sans tomber dans une idéologie établie.

La-ville-et-les-chiensLa ville et les Chiens n’est pas d’un roman antimilitariste ou pro-psychanalyse sur les pulsions mâles, ni une œuvre sociologique sur la délinquance juvénile et leurs causes. En ce sens, un lecteur contemporain pourrait tomber dans une lecture erronée du roman et le croire un roman contre le harcèlement ou sur l’intimidation. Mais il est plus que cela. Il ne se concentre pas sur un seul point de vue, comme beaucoup de romans contre l’intimidation ou contre l’armée le font actuellement. En réalité, le roman dévoile les aspects virulents et violents profonds de l’éducation et la culture occidentale moderne ; tout court : La ville et les Chiens exprime que l’éducation corrosive dans ce collège militaire est le fruit d’une société déjà corrosive et ne pas une tumeur qui se soit développée toute seule.

Mario Vargas Llosa, romancier de la liberté

Mario Vargas Llosa, La ville et les Chiens

La Littérature est feu : Mario Vargas LLosa dans la Bibliothèque de la Pléiade

Mario Vargas Llosa s’élève contre les insultes de Trump

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