Dans une entrevue, Samuel Archibald réaffirmait qu’Arvida était un recueil de nouvelles malgré sa publication sous le nom d’histoires.

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Samuel Archibald

Je sais que pour plusieurs cette nomenclature est importante ; parler d’histoires et non de nouvelles semblerait alors une façon de contourner un problème, celle de la nécessite d’une pierre d’assise — firme et claire — qui puisse permettre un bon marketing d’un livre. On le sait bien, les recueils des nouvelles se vendent peu, car, entre autres, ils manquent telle pierre d’assise pour sa diffusion dans les médias. Dans un milieu dans lequel le journaliste culturel n’a que quelques secondes pour parler d’un œuvre, un recueil de nouvelles devient un recueil de problèmes, puisqu’on ne peut pas répondre facilement a la sacro-sainte question : de L97827646230391quoi il s’agit au juste le livre ? Alors, il vaux mieux parler de romans.

Tout cela évoque un contexte qui existe depuis belle lurette et qui place la nouvelle comme un genre inférieur : la préparation d’un écrivain pour devenir un vrai écrivain de romans. Et cette notion d’infériorité de la nouvelle va jusqu’au fait qu’il est considéré comme un genre féminin — le fait que la seule gagnante du Nobel de littérature en tant que nouvelliste soit une femme n’est pas anodine.

Il faut ajouter à tout cela le côté francophone, cela remonte à quand la dernière fois que vous avez écouté parler d’un grand nouvelliste francophone ? Pouvez-vous en citer quelques-uns ? Comme, par exemple, c’est facile de le faire pour la littérature anglophone : Munro, Capote, Hemingway, Bellow, O’connor, Wilde, Bradbury, Carver, Lovecraft, Assimov, Bierce, Poe, Fitzgerald, etc.; où la littérature latino-américaine : Rulfo, Cortazar, Borges, Arlt, Marquéz, Quiroga, Arreola ; et quoi dire de Kafka, Chejov, Andersen, Murakami, Grimm, etc.

Et les Français… Maupassant…

Mais je m’égare…

Dans le cas d’Arvida, les problèmes sont moindres ou même nuls, car il existe un axe autour duquel tournent toutes les narrations du livre. Il s’agit de cette ville qui cherche maintenant à devenir partie du patrimoine mondial. Mais il serait fort erroné de réduire Arvida à un simple recueil des nouvelles sur cette ville du Saguenay. Arvida est avant tout une œuvre profondément personnelle qui véhicule autant des narrations sur des problématiques familiales : les relations entre père et fil, entre époux, à l’intérieur de la famille et avec les amis — les bons et les trous de cul — ; sur la relation entre l’individu et le terroir — avec son exotisme dévastateur, car d’une immense beauté.

9781771960434-frontArvida montre qu’il est possible, quand il s’agit de s’engager dans la voie du questionnement sur l’identité, de faire appel autant au passé littéraire qu’à de genres « mineurs » contemporains comme le récit d’horreur. En ce sens, il est plus qu’un recueil folklorique, sympa et charmant. Il se démarque par ses racines littéraires qui s’étendent autant dans la littérature québécoise (Hébert, Blais, Aquin) que dans la littérature universelle (Proust) et dans la littérature fantastique (King, Lovecraft), mais sans tomber dans des emprunts faciles qui finissent pour donner une sorte de « réalisme magique » de pacotille.

Arvida est en somme un percutant ouvrage de broderie qui tisse divers genres et influences littéraires pour mettre en évidence que l’identité du Québec moderne a émergé du Québec du passé — de leur solitude, leurs mœurs, leurs tares, peurs et fantasmes —, et que le québécois(e) urbain(e) d’aujourd’hui — Archibald, lui-même — naît du Québécois d’autrefois et de ces visions du monde et de l’être.

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