Commentaire des mémoires de Garrard Conley : Boy Erased

Synthèse :

Fils d’un pasteur baptiste et profondément ancré dans la vie religieuse évangélique d’une petite ville d’Arkansas, en tant que jeune garçon, Garrard Comley était terrifié et en conflit avec sa sexualité.

51nSZc8JoNL._SX329_BO1,204,203,200_À dix-neuf ans, lorsqu’il était étudiant, il a été outé à ses parents par le même gars qui l’avait forcé à avoir des relations sexuelles. Il devra alors prendre une décision qui changera sa vie de vie : accepter d’assister à une thérapie de conversion soutenue par l’église qui promettait de « le guérir » de l’homosexualité ou risquer de perdre sa famille, ses amis et le Dieu auquel il avait prié tous les jours de sa vie.
Grâce à ce programme institutionnalisé de douze étapes basé profondément dans l’étude de la Bible et dans une psychanalyse primaire, il était censé émerger hétérosexuel, purifié des impulsions impures et plus fort dans sa foi en Dieu. Au lieu de cela, même lorsqu’il était confronté à un voyage terrifiant et brutal, Garrard trouve la force et la compréhension pour se libérer et pour bien trouver de son propre gré et dans sa propre quête intérieure son véritable soi et la santé mentale méritée, en dehors des cadres établies par le mouvement exgay.

En confrontant son passé enterré et le fardeau d’une vie vécue dans l’ombre, Garrard Conley retrace les relations complexes entre la famille, la foi et la communauté. Parfois brise le cœur, parfois triomphant, est un témoignage de l’amour qui survit malgré toutes les éventualités.

 

Je pense que dans le monde francophone la notion exgay ou celle des thérapies de conversion sont méconnues. Il s’agit avant tout de la prétention – jamais prouvée et à maintes reprises condamnée – de que l’homosexualité est une maladie guérissable. Autour de cette prétention, s’est inventé le terme exgay pour signaler ceux qui prétendument en ont été guéris.

Ce type de thérapies s’est développé premièrement dans le monde évangélique à la fin des années 1970 aux États-Unis. Et croyait le ou non, leur propos était d’amenuiser les optiques néfastes de l’homosexualité au sein de certains évangéliques comme Anita Bryant. En Effet, en postulant comme malade l’homosexuel, ils croyaient contrer la vision de l’homosexuel comme un être pervers et immanent criminel de Bryant et autres. Peu à peu ces thérapies et cet univers aurait grandi et pourr les années 2000, il était tout un mouvement politique international autour de l’organisme Exodus International.

Le mouvement exgay aurait fait des petits dans d’autres religions comme dans le monde catholique avec le thérapeute catholique et créateur de la NARTH (Association national pour la recherche et thérapies de l’homosexualité)  Joseph Nicolosi et dans le judaïsme avec JONAH (Juifs offrant des Nouvelles Alternatives à l’Homosexualité) qui avait changé de nos à cause des dénonces pour (Juifs offrant des Nouvelles Alternatives à la Guérison). Le mouvement exgay s’est essoufflé récemment, même Exodus International a fermé ses portes, et même son directeur général, Alan Chambers,  avait demandé pardon à la communauté gay.

Mais pour plusieurs, le mal avait déjà été fait.

Dans ses mémoires, l’écrivain américain Garrad Conley nous raconte son expérience de vie dans un organisme exgay américain. Conley a grandi dans un environnement évangélique baptiste. Fils de pasteur, il était entré dans un des programmes de l’organisme exgay « Love in Action » ( Amour en action) dont un de ses anciens directeurs généraux, John Smid, en 2014, avait dit en dénonçant ce type des thérapies et le mouvement exgay tout court:

« Le message exgay de libération divine de l’homosexualité a été destructeur ! Ce message se serait développé telle une carotte pour un cheval sans pour autant offrir une véritable liberté. Le dommage qui s’est produit a été la subséquente perte de l’âme des individus y impliqués et la destruction découlant d’une série de rencontres charnelles sans lendemain qui ne laissaient qu’un vide et qui nous laissaient dans un néant jusqu’au suivant rencontre sans lendemain.

Je crois qu’une grande partie de mon chagrin est, aujourd’hui, causé par le rôle que j’ai eu dans la promotion du message de délivrance de l’homosexualité. J’avais l’habitude d’enseigner que l’espoir viendrait quand ils trouveraient la liberté. J’ai transmis un message selon lequel Dieu serait plus heureux avec les gens qui n’étaient pas homosexuels. J’ai consacré énormément d’énergie à aider les hommes et les femmes à trouver une vie de liberté de leurs désirs homosexuels naturels.

Aujourd’hui, je me rends compte qu’il est préférable d’aider les hommes et les femmes à accepter que leur homosexualité est innée et une réalité authentique. Indépendamment de son origine, c’est ce qu’ils sont.  »

Toujours les jeunes

Love in action avait, comme tant d’autres organisme de ce type, différents programmes pour guérir l’homosexualité, surtout des jeunes. Un adolescent pourrait « bénéficier » d’une thérapie – fortement coûteuse d’ailleurs – qui pouvait consister en quelques visites ou dans des séjours prolongés. Tout ceci en dépendant de la « profondeur du problème » qui en quelques mots voulait dire deux choses 1) à quel point l’enfant entre dans le stéréotype gay (efféminé, amant les arts, pour les garçons ou, butch, aimant les sports « masculins », pour les filles). Et 2) Dans quel mesure, le client peut être psychologiquement brisé et conditionné.

Garrard-Conley
Garrad Conley

Comme on peut voir dans les mémoires de Comley, plusieurs jeunes évangéliques y rentrent par choix, car la découverte de leur homosexualité impliquait l’anéantissement, la pulvérisation de tous ceux qu’ils sont donc ce n’est pas surprenant qu’on désire le changement à tout prix. Même si comme dans le cas de Comley, on peut se rendre compte toute de suite des contradictions et des fissures dans les prétendues thérapies.

C’est pour cela que je me suis senti touché et emphatique avec Conley. Je ne suis jamais allé dans un organisme exgay, mais j’avais fait tout qu’un jeune évangélique se doit faire pour changer son orientation sexuelle, j’ai même écrit une lettre à Exodus International de Mexique en criant à l’aide. En même temps, comme Conley, le monde libéral que je côtoyais en dehors l’église, me semble à plusieurs égards plus justes et cohérent que ce que je vivais dans l’église, mais le monde évangélique était tout mon univers.

D’ailleurs je ne suis pas le seul chroniquer à issu d’une communauté religieuse dans sa jeunesse à se sentir particulièrement touché par les mémoires de Conley.

L’univers paternel

Boy Erased fait un portrait réel du poids que l’homosexualité et la quête de guérison ont sur l’ensemble d’une famille évangélique, dans son cas, le père qui cherchait devenir un pasteur dans l’église à laquelle ils assistaient, et la mère qui lui accompagne et qui reste dans un hôtel pendant qu’il se trouve à l’intérieur du programme exgay. Le poids de décevoir ses parents s’ajoute à toute la problématique déjà complexe. C’est la même chose pour les parents qui sont confrontés aux doutes et non-dits dénonciateurs de leur entourage religieux qui disent sans le dire qu’ils y sont pour quelque chose.

Avant tout un bon récit

C’est que j’aimerais faire ressortir est que Boy Erased a des fortes qualités littéraires. il ne s’agit pas d’un récit autobiographique insipide, mal écrit et manipulateur émotionnellement, tout le contraire, par exemple, avec la tragédie qui s’acharne sur son père, l’auteur, dans l’évocation du passé familier, nous montre ses capacités narratives en nous envoûtants dans une atmosphère particulière qui suscite notre l’empathie.

Somme toute, soit en tant que document témoignant de la problématique des prétendues thérapies de reconversion, soit comme œuvre littéraire, Boy Erased est porteur des richesses insoupçonnables.

 

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