New Tab (Nouvel onglet) roman de Guillaume Morissette, commentaire

Thomas est un jeune québécois de 26 ans de la ville de Québec qui travaille dans une boite de jeux de réalité virtuelle en tant que concepteur des jeux vidéo. Il suit des cours à l’Université Concordia en création littéraire, cherche un nouvel appartement, s’ennuie dans son travail et, comme tant d’autres jeunes, passe son temps naviguant sur le Web et les réseaux sociaux. C’est en Facebook qui rencontre une fille à la recherche d’un quatrième locataire. Dans sa nouvelle demeure, sa vie en colocation ne sera pas différente de celle d’autres jeunes universitaires : fêtes, problèmes économiques, frictions et connivences entre colocataires, ennuis, anxiétés, etc. et, finalement, la rencontre avec une fille qui se démarquera des autres. Avec elle, Thomas tissera une relation intime, mais nul ne pourrait qualifier de relation de couple. Les vicissitudes de la vie causent des ruptures et des plaies : entre les colocataires, au travail et avec le couple.

530Écrit originalement en anglais en 2014, New Tab est le premier roman de Guillaume Morissette (@anxietyissue), écrivain francophone qui a aussi écrit un recueil de nouvelles et de poèmes sous le nom de I Am My Own Betrayal.

Si le synopsis de l’histoire de New Tab – traduit en français par Daniel Grenier avec le titre de Nouvel onglet – semble fade et inintéressant, c’est que la force du roman réside plus que dans l’histoire dans la manière qu’elle est racontée et envisagée par l’auteur-narrateur. D’abord, que New Tab ait été écrit en anglais par un auteur francophone « pure laine » donne toute une autre envergure au récit. Certes, un roman d’un jeune auteur en première personne entraîne de risques pour un lecteur : ces romans sont souvent très évidents et uniformes, voire prévisibles et trop penchés sur la crème fouettée ; ils en ont trop. Mais Morissette évite ces pièges et nous offre un roman qui reflète la façon dont les nouvelles technologies se greffent aux histoires d’autrefois, sans exagérer leur porté. En effet, ce qui résulte de tout cela c’est qu’en fin de compte, les jeunes restent des jeunes et que les nouvelles technologies n’ont pas amélioré ni empiré leur situation malgré le désir des générations antérieures et des critiques littéraires et médiatiques. En effet, Bien avant que le terme Millenials soit créé, en sciences de l’information se parlait beaucoup de Digital Primitives, pour se référer aux adolescents qui commençaient à utiliser Facebook et Twitter. Les théoriciens qui avaient inventé cette étiquette présageaient que cette génération-là, car ils utilisaient ces nouvelles technologies pour « dire tout et rien », seraient une génération d’éternels adolescents. Ils, les théoriciens, n’avaient pas pensé que les adolescents faisaient la même chose qu’eux avaient fait pendant leur adolescence, « se dire tout et rien » mais à travers un écran et qu’en grandissant les habitudes alliaient changer, comme cela avait été le cas ; les générations passées embellissent le passé, trop souvent.

Le ton Ironique

Morissette surfe avec talent les possibilités que sa capacité d’écrire de petites phrases lui permet sans, encore une fois, en mettre trop. Ce petit moment d’autodérision et de gags écrits sont bien dosés:

It’s like a bad John Cusak movie

I imagined social services taking my self-esteem away from me, giving it to foster parents who would take better care of it

La question linguistique

nouvel-onglet_jaquetteJe me désole parfois quand certains intellectuels québécois abordent la question linguistique à Montréal, surtout dans des quartiers comme le Mile End ; j’écoute déjà Mathieu Block Côté faire référence à quelques groupes musicaux qui mélangent anglais et français et à des Québécois qui s’expriment bien en anglais comme pris par une sorte de mode passagère dont le seul but, à son avis, soit de se montrer branchés, comme si la jeunesse québécoise – et particulièrement la Montréalaise – par rapport à l’anglais et au Canada anglophone, n’aurait pas su, ou ne devra pas tout court, au fil du temps, tisser des façons de vivre la question linguistique que celle proposée, il y a des décennies, par le PQ. Mais Morissette, est un exemple de ce que vraiment se passe actuellement à Montréal. Et cela est une des forces du roman. New Tab aborde les différences pour bien montrer que bien qu’elles soient là, elles ne sont pas si prononcées entre les jeunes ; que les jeunes francophones québécois ont l’habitude de côtoyer leurs pairs anglophones sans se sentir colonisés ni attaqués.

Alt Lit

Possiblement, New Tab n’est pas le roman de la nouvelle génération émergente comme on en fait la publicité dans certains médias littéraires, car cela on ne peut pas le présager. Pour pouvoir faire une telle affirmation, il nous faut un élément indispensable : le passage du temps. Après tout, Bret Easton Ellis, par exemple, est, peut-être, l’écrivain américain distinctif des années quatre-vingt, mais non pour le livre pour lequel était censé l’être – Moins que Zéro – mais pour American Psycho ou, à la limite, les Lois de l’attraction. Donc, quand on affirme que New Tab est « un phénomène de la littérature alternative », bien sûr qu’on étire la sauce à leur insu ; laissons le roman tout seul prendre son envol, il n’a pas besoin de notre aide.

Morissette_Guillaume
Guillaume Morissette

Creative writing

Parfois, il est facile d’identifier quelqu’un qui a étudié en creative writing, car les consigne appris sont très visibles dans leurs écrits; souvent le squelette de la trame, est trop visible et devient plus important que la chaire des situations et des évènements, mais Morissette se démarque là-dessus. Des réunions de travail, des soirées de cinéma à l’extérieur, des dialogues entre colocataires et des contacts électroniques sur diverses plateformes, tous ces instants-là, Morissette réussit à les transmettre au lecteur de manière succincte et imagée. On n’a pas à travailler pour bien les saisir, on ne sent pas que l’auteur soit en train de suivre une lignée établie dans laquelle toutes les pièces sont là, comme on l’attendait, mais qu’elles sont inadéquates ou nous parviennent de manière très décousue, pas du tout crédibles.

Somme toute, New Tab est un roman sérieux qui ne se prendre au sérieux, il pourrait être une pierre d’assise pour ce qu’on appelle la Alt Lit, (littérature alternative), mais il faut qu’elle se définisse d’abord et qu’elle démontre sa spécificité en tant que genre et mouvement. En attendant, on présage un bon avenir pour Guillaume Morissette.

Cette fois-ci, je n’ai pas lu la traduction de Daniel grenier, désolé, je ne peux pas en commenter.

http://guillaumemorissette.com/

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