Commentaire du roman: En finir avec Eddy Bellegueule par Édouard Louis

41b5pvpdhyl-_sx340_bo1204203200_Eddy Bellegueule vit dans Hallencourt, un petit village français. Il est de classe ouvrière ce qui signifie être condamné à une vie modelait selon celle de ses parents et voisins: étudier quelques années et par la suite commencer à travailler dans l’usine locale. En plus, on attend de lui, en tant qu’homme, qu’il agisse d’une certaine manière. Mais il n’est pas comme les autres, il n’aime pas les sports, il n’arbore pas son manque d’ambition et, par conséquent, dès son enfance, il sera rejeté, ostracisé et violenté constamment; par son père, ses compagnons d’école, les voisins, etc.

Eddy essayera de se conformer au modèle qu’on lui impose, car il sait que de cela dépend sa survie, mais il en sera incapable.  Le seul chemin qui lui restera sera d’assumer son identité, sa différence, d’endurer pour l’instant les conséquences de ce qu’il est et de partir vers une vie meilleure ailleurs à un moment donné.  Pour ceux qui le verront s’assumer et partir, Eddy deviendra un traître, et ils exprimeront leur déception et leur haine envers lui en se sentant blessés -intimidés même- par son changement, car ils verront comme une déloyauté ignoble qu’il soit devenu l’homme qu’il a toujours voulu  être.

L’autofiction est devenue le reality show de la littérature française. On y parle de partouzes ou d’abus endurés de la part d’un familier, d’une figure autoritaire, etc.  Alors, ce n’est pas surprenant toute la controverse autour du premier roman d’Édouard Louis En finir avec Eddy Bellegueule. Cela sans inclure l’altercation – réelle ou inventée –  avec sa famille.

Dans un registre plus personnel, moi aussi, je me méfie de ce genre de littérature, car j’ai souvent trouvé que ce qui était le plus important dans ce genre était l’intention de choquer; dans beaucoup de romans d’autofiction, on peut sauter des pages ou les laisser à moitié sans rien manquer, car le ton et l’argument sont très, voire trop évidents (j’aimerais bien dire des noms, mais je me conforme avec des initiales : Christine Angot).  Et même si les critiques négatives à l’égard d’En finir avec Eddy Belleguele continuent dans la même veine, je crois que le roman a beaucoup plus de qualités que ce que l’on est prêt à lui concéder.

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Édouard Louis

Un des éléments qui semble avoir le plus choqué, outre la violence antigai, c’est le milieu socio-économique où elle se développe. En lisant quelques critiques, je me suis souvenu de l’accueil que le film los olvidados de Luis Bunuel avait reçu lors de sa sortie au Mexique. Film qui peignait un portrait sombre et violent de la pauvreté au Mexique, en laissant entendre que, pour survivre dans un milieu si laissé-pour-compte, la violence était presque nécessaire. Au Mexique, à cette époque,  les films populaires abordaient la pauvreté  sous un angle bucolique : les pauvres étaient bons, heureux, solidaires, même les prostituées et les alcooliques, comme on peut le voir dans le flm : Nosotros los pobres (Nous, les pauvres). La présentation des pauvres sous un autre angle que celui-ci était un outrage à la sensibilité mexicaine de l’époque.  Dans le même ordre d’idées, beaucoup du négativisme à l’égard d’Eddy tient à cet aspect: les milieux défavorisés, on ne les touche pas, même de leur violence, racisme, misanthropie, machisme, etc. ; Si la violence décrite chez Eddy s’était développée dans un milieu aisé,  l’outrage de la critique n’aurait pas été le même.

Bien sûr, il y a aussi tout le côté  » branché » de la thématique du « Bullinyg ». Ici, au Québec, il y a des tonnes des romans apparus récemment qui touchent cette problématique, alors, c’est difficile de faire la part et identifier les profiteurs, ou simplement les œuvres à caractère didactique qui n’offrent aucun bénéfice formel, dans lesquelles l’aspect littéraire sombre dans une mère de bonnes intentions et de didactisme évident.

Or, Eddy sort indemne de tout cela et c’est pourquoi, malgré l’aspect crade tant cité dans les critiques négatives (la scène du crachat, par exemple; y a-t-il un psychanalyste dans la salle qui fasse un billet sur la fixation des critiques là-dessus S.V.P.?

Alors, je me suis mis à réfléchir si le fait d’être gai m’incitait vers un préjugé positif à l’égard du roman de Louis. Mais l’histoire décrite par lui ne reflète aucunement mon expérience de vie, par rapport à ma famille, mon milieu social, mon rapport à la masculinité et, franchement, j’ai un préjugé face à ce type de thème littéraire, donc j’avais tout ce qui était nécessaire pour haïr le roman.

… ET cependant, je le bien aimé. Qu’il soit excessif, qu’il soit un instrument pour ajuster les comptes avec sa famille, je m’en fous. Ce type de situation a toujours existé et continuera à exister tant qu’il aura des écrivains sur terre.

Somme toute, En finir avec Eddy Bellegueule est un roman qui n’est pas comme les autres en ce qui a trait à la qualité de l’écriture et à la façon d’aborder le thème et de s’inscrire dans l’optique de l’autofiction sans tomber dans la monotonie qui caractérise le genre.


Sur l’auteur :

Blogue: Edouard Louis

Twitter : @edouard_louis

En Français :

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C’est toi le pédé?

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En finir avec Eddy Bellegueule de Édouard Louis

En anglais :

The State of the Political Novel: An Interview with Édouard Louis

Édouard Louis: En finir avec Eddy Bellegueule | The End of Eddy (2014)

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