Commentaire sur Niko par Dimitri Nasrallah

C1-Niko-226x339Je ne crois pas qu’il ait un être humain en Occident qui n’ait pas vu ces images d’enfants victimes de la guerre au Moyen-Orient, particulièrement en Syrie,  ou sur les plages de la Grèce.  En littérature,  aborder la guerre selon le point de vue des enfants est une procédure très utilisée. Il faut  penser à des romans récents comme L’Orangerie par Larry Tremblay. Donc, face à un roman pareil, je sens toujours un peu de réserve, car, il se peut que l’on tombe dans des récits à la Steven Speilberg ou à la Disneyworld ; larmoyants à souhait.

Outre cet aspect-là, il faut convenir que le sujet est d’actualité et qu’un roman sur cette thématique peut – ou risque- de se distinguer parmi tant d’autres pour le meilleur et pour le pire. Or, tout ceci n’est pas anodin; il faut en tenir compte pour éviter des mauvaises équations: Roman émouvant = bon roman; ou vice-versa, le préjugé : Roman « d’actualité » = Roman profiteur.

-0-

Niko karam est un enfant libanais qui grandit pendant de la guerre civile dans ce pays. Il vit avec ses parents à Beyrouth. Sa mère, Élise est enceinte et son père Antoine est propriétaire d’une boutique de photographie.  À cause des bombardements, Niko reste à la maison avec son père, il s’ennuie et attend la naissance du bébé. Après la mort d’Élise lors d’un bombardement, Antoine décide de quitter le pays avec son enfant. Il sera question d’aller d’abord en Grèce, où ils se promèneront d’île à île en cherchant du travail et en resserrant ses. Ils goûteront aussi aux angoisses, vicissitudes et suspicions que tout émigrant arabe confronte.

473Un brin d’espoir s’offre à eux quand une belle sœur qui vit à Montréal, offre de recevoir temporairement Niko. Niko quitte son père pour Montréal avec la promesse qu’ils se reverront le plutôt possible. Niko grandit à Montréal sans s’y enraciner, dans l’attente constante du père et pris dans le tourbillon que c’est de devenir adolescent avec les inouïes problématiques  de l’immigration et les profondes difficultés inhérentes à sa famille d’accueil.  Antoine, pour sa part, en cherchant obtenir l’argent nécessaire pour voyager à Montréal,  naufrage quand il se dirigeait vers le Brésil et perdra la mémoire pour enfin  se retrouver au Chili où il commencera une nouvelle vie.  Après quelques années, Niko et Antoine se retrouveront, mais ils auront trop changé pour pouvoir recommencer à zéro. Cependant, cette rencontre leur permettra de boucler la boucle et les deux pourront enfin rentamer leurs vies.

-0-

La narration de l’auteur est modérée, il le fallait, car une thématique comme celle de Niko le demandait pour éviter l’excès. Il change de ton selon il prend l’optique de Niko ou de son père. Ce style sobre ne se perd pas dans des descriptions exhaustives des lieux. Nasrallah offre seulement ce dont le lecteur a besoin pour bien comprendre l’action. Quelquefois, des expressions nous surprennent par leur caractère évocateur :

 » Once again they packed their two suitcases with the clothes and the aspirations and the doubts they’ve all ready carried this far  »  52p.

« Une fois de plus, ils ont fait leurs valises, les ont remplies de leurs vêtements et de leurs aspirations et de leurs doutes, ceux qui les ont menés jusqu’ici. »  p. 83 de traduction .

Dans ce même ordre d’idées,  l’auteur n’exprime pas ouvertement  des opinions politiques; si un personnage les expose, elles sont décrites de façon simple : nulle possibilité de savoir si elles sont partagées par lui :

« He no longer believes in the futur of the arab world – Arabe life – Arab animosity, and Arab vengeance  – they take his livehood, his wife, his apartement, most of his personal belomgings, and the stamina of his will  » 46p.

«Il n’a plus aucune confiance en l’avenir du monde arabe – le monde arabe-animosité arabe, la vengeance arabe- lui  a dérobé son gagne-pain, sa femme, son appartement, la quasi-totalité de ses avoirs, ainsi que la résistance de sa propre volonté » p. 71 de la traduction.

1171277-dimitri-nasrallah
Dimitri Nasrallah

Nous nous réjouissons que  Niko soit un roman sans intentions ou lignes politiques directrices cachées. Il n’est pas une publicité d’un organisme humanitaire  quelconque avec le misérabilisme que – si l’on se tient aux promotions des ONG – semble être le moteur suprême de l’aide humanitaire au Canada. En même temps, il évite  le vecteur du politiquement correct; Niko expose clairement les difficultés de l’immigration et de l’exil.

Certes, le roman présente des lieux communs : dès Cervantès (Don Quichotte) en passant par Modiano (Rue des boutiques obscures) et quelques soap opéras américains, l’amnésie après un accident a été bel et bien utilisée dans des narrations et récits. Néanmoins, chez Niko reste un artefact narratif crédible, surtout quand Antoine vivra cette condition dans un pays du tiers monde.

Parallèlement, c’est la sorte de Happy Ending entre les oncles de Niko à la fin du roman me semble un peu trop cathartique à mon goût. Cependant, Niko bénéficie d’un axe narratif qui lui donne une force particulière et qui s’exprime dans une phrase dite par Antoine à Niko lors de sa rencontre à la fin du roman :

« History forgets people all the time » 225p.

« L’histoire perd la trace des gens sans arrêt » p. 379 de la traduction.

Au début de ce billet, je parlais de la possibilité que les thématiques de la guerre et de l’exile puissent devenir des prétextes pour véhiculer des idées humanitaires : nous faire sentir bien, à la  l’abri de tout mal, mais concernés par l’autre – surtout si celui-là est loin et pour lequel nous pouvons fairetelechargement un petit effort qui nettoie notre conscience et qui nous permet db6c94faaeeace8a5da0cf4214ba55e dormir mieux.  Or,  Niko n’est pas ce malheureux enfant qui est mort dans un naufrage en Grèce, ni l’enfant rescapé des décombres en Syrie. Oui, il est comme eux sur plusieurs aspects sauf un : il n’appartient pas à la une du journal de 5 heures, il est comme plusieurs  exilés, immigrants, victimes de la guerre ou de génocide que l’Histoire a laissé échapper de ses mains pour nous présenter un tout petit nombre de cas de figure qui nous permettent d’étaler nous bons sentiments occidentaux mais qui ne nous font comprendre rien

-0-

Un autre aspect qu’il faut fortement signaler c’est la traduction française faite par Daniel Grenier, romancier lui-même.

Sur l’auteur :

@DimitriNasralla

Dimitri Nasrallah

CBC Books 

Critiques en anglais : 

Immigration, the hard way

Niko by  Dimitri Nasrallah

Nasrallah, Dimitri: Niko

Niko Shepwrecked 

Critiques en français 

Dimitri Nasrallah : Trouver une nouvelle maison

Dimitri Nasrallah nous plonge dans la vies des réfugies

Niko d’un conflit à l’autre

Fuir la guerre, de Beyrouth à Montréal 

Figures d’exil

Autres livres et publications :

Le roman Blackbodying et des nouvelles notamment dans le recueil, Piece by piece : stories about fitting into Canada

Il a aussi traduit à l’anglais :  la trilogie de 1984 par Éric Plamondon

Il est aussi l’amphitryon de l’émission : Between the pages :

http://airelibre.tv/category/between-the-pages/

http://www.canalsavoir.tv/videos_sur_demande/between_the_pages

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s