UsConductors (Corps Conducteurs)


Sean Micheals

Sean Michaels est un prolifique journaliste qui écrit pour diverses publications anglophones, telles que Walrus, The Globe & Mail, The Guardian, etc. Il est mieux connu grâce au blogue Said the Gramaphone – mp3. Blogue consacré à la scène musicale contemporaine.

Avec ses connaissances du milieu musical, rien d’étonnant que, pour son premier roman, Michaels ait choisi un protagoniste issu de ce milieu. Par contre, le choix de ce protagoniste pourrait nous surprendre. Nous aurions attendu que le choix s’arrête sur un personnage plus contemporain : sexe drogues et rock & Roll!, ou quelque chose de la sorte. Au contraire, Michaels nous propose une réflexion sur une personalité du XXe siècle, siècle qui nous semble, déjà, très lointain. C’est un choix qui nous ramène à des épisodes et à des notions historiques comme la guerre froide, le rideau de fer, les manifestations artistiques déclenchées par les découvertes technologiques et scientifiques en Russie et l’ancien URSS. Nous nous souvenons, entre autres, de l’Avant-garde ruse ; du Constructivisme pictural de Malevitch ; des transformations des arts de la scène qui s’opéreront, dans une échelle mondiale, grâce à des professionnels comme Stanislavski et Meyerhold et, dans le cinéma, grâce à Eisenstein.

 
Lev Sergeyevich Termen

Le personnage choisi par Micheals, Lev Sergeyevich Termen, connu aussi comme Leon Theremin, est fort captivant grâce à son parcours de vie; une vie longue et pleine de scabreux chemins. Scientifique et inventeur russe, Theremin aurait inventé un des premiers, sinon le premier, instrument musical électronique, qui porte son nom. le Theremin. Instrument capable de produire de la musique sans être touché. L’instrumentiste en mouvant ses mains par rapport aux deux antennes de l’instrument, l’une horizontale, l’autre verticale, génère et contrôle le volume des notes musicales produites par une signale électrique

Le roman est construit autour de la création de cet instrument, de son essor en terres occidentales, surtout aux États-Unis, et autour des conséquences néfastes que le génie de Theremin, son créateur, s’épanouissant dans un contexte sociopolitique particulièrement incendiaire, engendreront dans sa vie la marquant à jamais.

Us conductors — car celui qui joue au Theremin agit comme un conducteur d’orchestre et, en même temps, son corps, comme tout corps, est un conducteur de charges électriques — n’est pas un roman historique ni nécessairement biographique. L’auteur se permet beaucoup de divergences d’avec une véritable biographie. Quelques écarts pourraient nous paraître un peu trop extravagants, Theremin comme tueur karatéque, par exemple. Nonobstant, la vie de Theremin est si particulière que nous ne sommes guère égarés quand ces écarts, apparemment rocambolesques, surviennent à l’intérieur du roman. En effet, Leon Theremin aurait été scientifique, inventeur, musicien, espion, prisonnier, professeur, etc.

Le roman est divisé en deux parties. La première nous raconte la découverte de l’instrument et son essor autant dans l’ancien URSS qu’en Occident. La deuxième partie nous raconte la chute de l’autrefois inventeur de renommée, son retour à l’URSS, son incarcération et son travail comme inventeur peaufinant l’art de l’espionnage pour la KGB.

Mais cette dernière partie parle surtout de la perte de l’espoir de, un jour, être aimé de celle qu’il a toujours aimé : Clara, cette russe trop américaine, trop jeune pour lui ; son amie, sa muse, son souffre-douleur, qui l’aime bien sûr, mais non de la meme façon, non comme Theremin l’aurait souhaité.

Tout le long du roman, Michaels montre sa capacité à nous tenir en haleine; nous voulons savoir plus des personnages secondaires, de leurs motivations, de leurs histoires par rapport à celle de Theremin ; nous aimerions vivre avec ce dernier ses nuits de Jazz et de Glamour à l’américaine ; nous voudrions que Theremin soit aimé de Clara, et nous sommes désolés quand nous nous rendons compte que cet amour ne se concrétisera jamais.

Au moment que la donne change, quand la vie de Thermenin se transforme d’inventeur reconnu et accompli en traître et prisonnier, la narration change aussi. Elle est moins intimiste, ce qui rend ce passage plus efficace et délicat. Certes, le changement est brutal, mais, encore une fois, nous nous intéressons à sa nouvelle vie, à ses nouveaux compagnons et nous désirons le voir triompher de nouveau.

Us conductors se révèle un remarquable premier roman dans lequel l’auteur démontre sa maîtrise de l’art de la narration contemporaine, c’est-à-dire, de la construction d’une narration sur la base de chapitres où se mélangent les genres: biographie, polar, science-fiction Michaels manipule, d’une façon positive, le lecteur l’emmenant là où il veut en lui offrant de teasers à la fin de chaque chapitre pour lui pousser à continuer la lecture en croyant encore qu’il s’agit de cette correspondance, de cette conversation unidimensionnelle entre Theremin et Clara.


Sean Michaels a été le récipiendaire du prix littéraire Giller 2014 pour ce roman Us Conductors.

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Sean Michaels en Studio Q

Interview avec Leon Theremin

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