The Girl That was Saturday Night de Heather O’Neill

Montréal avant le référendum de 1995. Nicolas et Noushcka sont des frères jumeaux, fils du légendaire
chansonnier québécois francophone Étienne Tremblay. Ils ont vécu leur enfance
sous les projecteurs en jouant à la typique famille québécoise. Aujourd’hui,
dans la vingtaine, ils commencent à sentir les affres de leur célébrité
d’autrefois et le fardeau d’avoir grandi avec la ferme, mais erronée conviction d’être extraordinaires.

Tous les deux sont, en quelque sorte, les victimes
d’un père aimé du grand public, bien que tombé aux oubliettes, qui ne voulait pas d’eux, sauf pour leur présence médiatique et d’une mère qui les avait
abandonnés enfants, parce qu’elle aussi, au moment de leur naissance, était
presque une enfant.

Chacun affrontera la situation de manière
différente. Nicolas refusera de revenir sur terre et de

Heather O’Neill

Reconnaître autant sa
petitesse que sa ressemblance avec Étienne, surtout en ce qui a trait à sa façon d’agir devant son propre
enfant. Noushcka, pour sa part, commence à se rendre
compte que le passage à la vie adulte implique se départir des convictions, des
assurances et des certitudes du passé. Pour elle, le passage sera
d’autant plus douloureux qu’il impliquera se séparer de Nicolas, avec qui elle a
toujours vécu attachée tels des frères siamois.

Noushcka
reconnaît de manière intuitive ce qu’il faut faire pour revenir sur terre,
mais cela ne signifie pas qu’elle sache comment y arriver ni qu’elle ait les
ressources nécessaires pour le faire; elle reste encore un enfant.

Malgré les tragédies qui vont se produire, à la
fin, Noushcka sera capable de continuer sa vie et de grandir, à tâtons et sans
bravoure, cependant. Ce sera sa naïveté
presque insouciante qui lui permettra de devenir comme tout le monde.

The Girl Who Was Saturday Night est un roman avec
un langage savoureux. C’est la voix de Noushcka qui
nous raconte son histoire, sans prétentions et sans grandes métaphores
littéraires ou stylistiques, après tout, elle est une  « décrocheuse  » qui
n’a pas terminé son secondaire.

Elle utilise des comparaisons proches à sa
réalité, simples, mais fort efficaces pour expliquer ce qu’elle ressent
ou la façon dont elle perçoit les autres, par exemple, pour expliquer la
personnalité de Pierrot, l’enfant de son frère jumeau, elle dit :
“Pierrot was a typical kid from a single parent. He always seemed
frazzled. He acted like he had just stepped off a school bus and realized that
he’d left his lunch box on it.”

Et en parlant de sa mère :

“Lilie Saint-Marie looked like she was still afraid of the dark and spent her pocket change on candy. She looked like she still had to me memorize the spelling of words at night.”
J’avoue que par moments j’ai serré mes dents
peu trop fort en lissant certaines descriptions de Noushcka sur les Québécois
et leur histoire. Quelle serait la réaction – me demande-je – des Québécois et des Québécoises devant des phrases comme celle-ci :
“We were all descendants
from orphans in Quebec. Before I’d dropped out from High School, I remember
reading about how a ship full of girls was sent from Paris to New France to
marry the inhabitants. Then stepped off the boat with vomit on their dresses
and stood at the dock waiting to be chosen.”

“They were pregnant before
they even had a chance to unpack their bags. They didn’t want it …. So they
spoke to their children thought gritted teeth.”

“That’s where the Quebec
accent comes from. The nation crawled out from between their legs.

En effet, le roman dépeint une atmosphère « à
la québécoise » en ayant comme vecteur la langue de Shakespeare, ou de
l’ennemi, si vous voulez. Et cela est irrésistiblement attirant et crédible ( On
n’est pas vexé en écoutant cette québécoise  prosouveraineté  – plus ou moins –
s’exprimer en anglais en même temps qu’elle se déclare nulle dans cette
langue).

Cependant, nous ne sommes pas à l’intérieur d’un
récit historique, ni sarcastique, ni politisé ; ni devant une auteure influencée, en ce qui concerne les Québécois et Québécoises, par la
lecture de The Gazette (JE!, JE!). Il s’agit simplement
d’un roman sur une Québécoise qui vive un moment charnier de son histoire individuelle en même temps que le Québec vive un moment charnier de son histoire récente.

Structuré sur des chapitres courts, et chacun
comportant un titre évocateur, le roman explore les possibilités offertes par le
mélange, propre à Montréal, d’identités linguistiques, sociales,
culturelles et historiques. Le résultat est fort
agréable et révélateur.

The girl who was Saturday Night est le deuxième
roman de l’écrivaine montréalaise Heather O’Neill après Lullabies for
Little Criminals
.

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