The Betrayers de David Bezmozgis

David Bezmozgis Collection Everett

Baruch Kotler débarque dans une ville de Crimée accompagné d’une fille plus jeune que lui, Leora Rosenberg. Apparemment, leur arrivée dans cette ville n’a pas été planifiée et ils cherchent où rester. Une vielle femme du cru, Svetlana, qui habite avec son mari, leur offre une chambre dans sa minuscule demeure. Ils acceptent.

Kotler, Juif d’origine russe, est un refuznik – un Juif à qui l’ancien gouvernement soviétique nia le permis d’émigrer en Israël lors des années soixante-d. Il a été emprisonné et envoyé au Gulag accusé de trahison.

Marié peu avant son incarcération, il sortira de prison et immigrera en Israël grâce à l’appui inconditionnel de son épouse. Aujourd’hui, Kotler est un important politicien israélien. Il est aussi une légende pour les Juifs d’origine russe. Quand le Parti au pouvoir va entamer le retrait des territoires occupés, Kotler s’y oppose ouvertement.  Afin de le faire taire, il est menacé de révéler son secret. Lui, par conviction politique, refuse et en souffre les conséquences. Au lendemain de son refus, des photos de sa liaison extramaritale avec Leora font la une des journaux en Israël.

Maintenant, en Crimée, le destin voudra qu’il raconte celui qui l’a trahi, celui qui a été la cause de son emprisonnement qui se trouve à être le mari de la femme qui lui a offert son foyer : Vladimir Tankilevich qui maintenant vit sous un autre nom.

Si Baruch Kotler est devenu une figure emblématique, presque sainte, après sa sortie de prison. Vladimir Tankilevich, pour sa part, incarnera à jamais sa contrepartie ; une sorte de Judas pour les Juifs russes. Pour ce qui est de sa fausse identité, personne ne connaît la vérité, même pas ses enfants. Seulement son épouse et une bureaucrate juive d’une organisation subventionnée par l’argent juif-américain. Celle-ci le force, en échange d’un peu d’argent et de son silence, à assister régulièrement à une synagogue très éloignée, laquelle nécessite des membres afin de conserver le montant reçu provenant de l’Amérique.

La confrontation entre Kotler et Tankilevich ne sera ni épique ni banale. C’est la confrontation de deux vieux hommes en peu fatigués de lutter et qui tâchent à comprendre et à reconnaitre ses propres désirs et actions.

L’expiation, si expiation il y a, sera plutôt calme et peu guérisseuse, car la vie continue et le pardon par celui à qui on a trahi n’a aucune valeur, aucune influence quand la trahison enveloppe tant d’autres êtres aimés.

La plupart du roman se passe entre quatre murs: la maison de Svetlana, la chambre louée par Kotler et Leora, la synagogue à laquelle Tankilevich assiste, le bureau de l’organisme subventionné par des Juifs américains. Cette atmosphère contraignante se renforce par le fait que, quand d’autres personnages apparaissent en dehors de ses endroits fermés, ils le font de manière indirecte: lors d’un appel téléphonique, dans un courriel ou à la télévision.

En quelque sorte, nous assistons à une pièce théâtrale, une tragédie grecque ou une pièce de Tchékhov dans laquelle fidélité, la trahison – à la famille, au partenaire, aux convictions politiques, à la patrie ; le désir – de l’autre, de ce qui est interdit par la loi ou la religion, désir aussi de vengeance et de rétribution sont présentes. Des émotions dont la littérature raffole et avec lesquels elle carbure facile et longuement.

The Betrayers nous fmontre que la trahison n’a pas toujours les mêmes déclencheurs, les mêmes mythes fondateurs, la même énergie : pour quelqu’un sera la libido, pour d’autres le religieux, pour d’autres l’amour filial.

Le roman est aussi une sorte de mise en abîme, un miroir où chaque traître se regarde dans l’autre, car si Baruch Kotler fut trahi par Vladimir Tankilevich, lui, pour sa part, a trahi son épouse et ses fils.

Des histoires du Tanakh nous viennent à l’esprit tout le long du roman, et quelques autres bibliques: Caïn et Abel ; David et Beersheba ; David et Absalon ; Beersheba et Abischag, la Sunamite ; Judas et Jésus.  Nous apprenons,par exemple, que le fils de Kotler, tel Absalon face à David, le trahira en refusant de participer, en tant que soldat, à la libération des territoires occupés (dans un appel téléphonique, Baruch Kotler lui demanda d’obéir aux ordres, même si vont à l’encontre de ses convictions religieuses, même si Baruch Kotler lui-même est contre la libération).

Et il y a aussi le rôle des femmes : Miriam, l’épouse de Kotler, et Leora, par exemple. Miriam apparaîtra presque à la fin du roman et de façon indirecte, dans un courriel qu’elle enverra à Kotler en lui donnant unilatéralement son pardon. Elle comprend son rôle comme femme et épouse âgée, sorte de Beersheba moderne – l’épouse préférée du roi David – face à la jeunesse de Leora, qui devient pour sa part l’Abishag dans cette histoire – la fille qui, au lit, selon l’histoire du Tanakh, donnera chaleur au roi David pendant ses derniers jours de vie.

Il est vrai que vers la fin du roman, comme quelques critiques l’ont remarqué, la force du récit semble s’épuiser comme si en sortant des espaces théâtraux à quatre murs, quand les quatre personnages principaux entrent en contact avec le monde extérieur, leurs peines se débilitent, s’amoindrissent face à la réalité des autres parfois d’égale valeur à la leur. Quoi qu’il en soit, The Betrayers reste un roman de force inusitée dont les ramifications philosophiques sont nombreuses et qui démontre encore une fois que David Bezmozgis est un des meilleurs écrivains canadiens anglophones du moment.
******

 Site officiel de l’écrivain

David Bezmozgis reads from The Betrayers

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s