Les Jérémiades et Javotte de Simon Boulerice


Simon Boulerice

Une des premières choses que j’ai remarquées sur la littérature québécoise quand j’ai commencé à m’y attaquer a été son utilisation des enfants en tant que personnage principal. Je ne trouvais pas quelque chose de pareil ailleurs ni dans la littérature latino-américaine ni dans la littérature anglophone. Jusqu’à ce moment-là, ce que j’avais lu dont les enfants étaient des personnages principaux relevait d’une littérature se dirigeant aux enfants ou d’une littérature nostalgique dans laquelle l’auteur adulte faisait état du présent par rapport au passé, un passé remémoré de façon idyllique, sorte de paradis perdu, d’innocence égarée à jamais. La plupart du temps, ce type de littérature exacerbait la valeur et les aspects positifs du passé, voire de l’enfance au détriment de la qualité formelle du récit ou de la réalité qu’il était censé décrire véridiquement.

La littérature québécoise m’a montré une façon différente d’aborder l’enfance en littérature. À quelques exceptions notables
et, bien sûr, quelques classiques : Charles Dickens (Un chant de Noël, Oliver
Twist)
Mark Twain (Les Aventures de Tom Sawyer, Les Aventures de
Huckleberry Finn
), une littérature qui vise une audience adulte ayant comme
personnage principal un enfant et, la plupart du temps, écrite en première
personne ou mettant en valeur le point de vue de l’enfant, est, je crois, unique
au Québec.

En commençant avec l’Avalée des avalés de
Rejean Ducharme et Une saison dans la vie d’Emmanuel,  en passant par les romans de Bruno Hebert (Alice
court avec René
, Ce n’est pas mou je le jure!), de Gaétan Soucy (La
petite fille qui aimait trop les allumettes
) et de Larry Tremblay (L’Orangerie),
la littérature québécoise est riche en exemples de personnages enfants écrits
par des adultes et visant une population adulte.

Les Jérémiades et Javotte de Simon Boulerice continuent cette tradition québécoise contemporaine.

Simon Boulerice est un jeune auteur québécois qui a à son actif plusieurs pièces de théâtre, des œuvres littéraires pour enfants et des recueils de poésie.


Les Jérémiades, roman publié en 2009 dans
les éditions du Sémaphore, est le premier roman de Simon Boulerice et il raconte
l’histoire d’amour entre un enfant de neuf ans, Jérémie, et un adolescent dont
les caractéristiques principales sont sa chevelure rouge et la passion qu’il
libère chez Jérémie. Le roman est écrit à la première personne. C’est
Jérémie qui nous raconte naïve mais sûrement sa passion – charnelle, profonde et
sans équivoque.

Les Jérémiades arrive à nous convaincre qu’il s’agit bel et bien d’un enfant de neuf ans qui raconte son histoire; combien de fois j’ai lu des romans qui n’arrivent pas nous faire oublier que l’auteur est un adulte.

Au-delà des préjugés, des présomptions et des endroits communs, Boulerice nous présente la narration d’un enfant que, certes, nous semble trop sûr de lui-même, de son amour et de ses gestes, mais dont la cruauté et la crudité révèlent son manque d’expérience et son incapacité, propres à une pubère, à comprendre les conséquences des actes commis.

J’ai lu quelques critiques exprimer un certain mécontentement envers les descriptions sexuelles dans Les Jérémiades.
Cependant, je crois qu’elles sont nécessaires – et pas trop nombreuses – afin de bien établir le profil de
Jérémie : sa précocité, son entêtement, son manque de recul, et pour faire
valoir que l’amour, celui décrit dans les Soaps Operas dont Jérémie raffole, même s’il n’est
pas réel, même quand nous sommes enfants, fait mal et blesse.

— && —

Il est difficile de ne pas trouver des concordances entre Javotte, le personnage principal du roman homonyme de Simon Boulerice et Bérénice de L’Avalée des avalés de Rejean Ducharme. Toutes les deux sont des filles au verbe facile, aiguisées, voire méchantes.

Javotte autre roman de Simon Boulerice publié par Lémeac en 2012, nous présente l’état d’âme d’une fille adolescente. Javotte fait référence à une des demi-sœurs de
Cendrillon, mais cette fois-ci, c’est Javotte l’héroïne;  moche, mais héroïne quand même. Elle rêve
d’être une “ Cendrillon ”, une princesse. Malgré les apparences de maturité, elle
n’est pas capable de s’extirper aux désirs et à l’imaginaire adolescents; même
si elle se donne des airs d’être au-delà des comportements de ces collègues
d’école, elle, comme toute fille de son âge ne pense qu’à être aimée et désirée
faire partie du Jet Set écolier, baiser avec le plus gars de l’école,
participer au bal de finissant, devenir amie de la fille la plus populaire,
etc.

J’imagine que, peut-être, Javotte serait le type de roman qu’un psychanalyste freudien aimerait bien analyser sous le titre : Javotte un conte de fées moderne ou réexamen de l’envie du pénis et du complexe d’Électre dans un contexte contemporain.

Quoi qu’il en soit, Les Jérémiades et Javotte sont deux romans qui réussissent à nous tenir en haleine en attendant le moment où nous allons être dégoutés par la précocité sexuelle qu’ils décrivent ou par les actes de vengeance de leurs personnages principaux. Nous attendons aussi le moment où le rythme des phrases et les dialogues des personnages démasquent l’auteur adulte en arrière d’eux.

Mais cela n’arrive jamais !


Liens sur Boulerice

Université de Sherbrooke CLSL

Oser le pathétique 

En attendant Cendrillon

La presse

La Recrue:  Les Jérémiades

Le passe Mot : Les Jérémiades

La Bible urbaine 

La Presse : Javotte

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