Demain sera sans rêves de Jean-Simon Desrochers

 Synopsis : 

Marc,  trente-trois ans, se suicida. Étonnement, au moment de sa mort, il ne sombre pas dans le néant. Une
myriade d’images, sensations et souvenirs qui ne lui appartiennent
pas lui traversent de manière désordonnée.

Grâce à des technologies qui ne seront pas connues que dans un futur
rêvé – mais sans rêves -, il est habité, dans sa mort, par les souvenirs
de son frère cadet Carl et de deux de ses amies d’enfance, Catherine et
Myriam.

Marc, alors, comprendra la douleur et la quête que son suicide engendra
dans son frère qui rependra sa thèse de doctorat qu’il avait laissée
inachevée. Marc vivra la réussite de Myriam qui deviendra astronaute et,
finalement, il éprouvera la désolation de Catherine et son destin
malheureux.

Jean-Simon Desrochers

 L‘équilibre contenu et forme est très important dans la littérature de genre.

Un roman du genre de l’imaginaire, par exemple, doit donner au lecteur tous les outils nécessaires afin de lui permettre d’être immergé dans la réalité qu’il propose.

En même temps, il doit utiliser efficacement le langage pour créer une narration qui soit en accord avec l’histoire proposée ; qui ne la nuise pas en se mettant trop en valeur ou qui ne la banalise avec une écriture non-adéquate.

Dans ce genre de littérature, certains auteurs oublient – ou carrément évitent – d’offrir au lecteur les pistes nécessaires – et des pistes cohérentes – pour bien saisir et croire à ce qui est en train d’arriver dans le roman. Ils nous offrent des situations fantastiques, inusuelles ou imaginaires qui ne sont pas assez développées ou expliquées : villes et endroits réels qui sont présentés comme s’il agissait d’autres endroits et époques (combien de fois j’ai lu de descriptions de Montréal ou de Québec qui nous les présentaient comme s’il s’agissait de Paris ou de New-York) ; des éléments extra-quotidiens qui ne sont pas encrés dans la nouvelle réalité racontée et qu’en conséquence ne sont pas croyables ou, au moins, qui nous demandent beaucoup d’efforts pour y croire (J’ai déjà lu un roman dont des personnages utilisaient une mystérieuse porte, dans le lieu de travail de chacun, qui conduisait au même endroit en traversant le même tunnel sans jamais se rencontrer et de laquelle le narrateur disait qu’il ne savait pas comment cela arrivait, qu’il s’agissait un mystère : raccourci facile pour un écrivain !).

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Or, Demain sera sans rêves, dans un premier degré, souffrirait, apparemment, de tout ce dont nous venons de parler : des situations non développées convenablement, narration saccadée qui ne va pas au fond des choses, etc. Mais voilà que tout cela, au lieu d’être un défaut, joue un rôle important dans le roman. Il ne s’agit pas d’un manque, mais d’une dépuration ; notre perplexité face aux situations décrites dans le roman est celle du personnage principal : ce que nous ne comprenons pas, est ce qu’il ne comprend pas non plus.

Cette dépuration va de pair avec le style narratif avec ses paragraphes courts et précis qui nous ramènent précisément aux limbes où se trouve le personnage ; là où le temps et l’espace ne font qu’un ; là où la linéarité du temps est remplacée par la réverbération infinie de l’univers.

Le fait que certains concepts et procédés de science-fiction ne nous soient pas expliqués assez pour nous convaincre de leur « réalité » à l’intérieur de l’univers proposé par le roman, s’explique par le fait que le personnage principal, lui aussi ne les saisis pas réellement. Ce qu’il voit et ressent face à l’incohérence qu’il vit dans sa mort est ce que Desrochers désire nous faire voir et ressentir en tant que lecteurs.

À la fin du roman, nous sommes certains d’avoir eu les pistes nécessaires pour bien le saisir et l’apprécier. Et intuitivement, nous avons la certitude que Desrochers a fait bien son travail, que ce qu’il ne nous avait pas présenté n’était pas essentiel pour le récit.

Il s’agit d’une purification et non d’un oubli.

Somme toute, en tant que roman de science-fiction, Demain sera sans
rêves
se situe plus près des écrivains comme Borges et Cortazar que
d’autres écrivains de science-fiction qui suivent tous, inexorablement,
le même chemin une et mille fois.

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