Chanson française de Sophie Létourneau

Avec un titre comme Chanson française, et en ayant comme auteur une femme, je ne me sentais pas, il faut le dire, tout à fait prêt à me submerger dans la lecture de ce bouquin. Ne s’agissait-il d’un roman de fille ? Cependant, grâce à sa narration originale et à la façon dont elle aborde une thématique qui semble avoir épuisé depuis belle lurette toute possibilité de nous surprendre, Sophie Létourneau m’a surpris énormément.

Sophie Létourneau

Peut-être les meilleures chansons d’amour – celles qui expriment une âme terrassée par la douleur causée par le mépris, l’oubli ou, pire encore, l’indifférence – sont écrites « de moi à toi » ; moi qui parle à toi, toi qui m’as fait mal, qui n’as pas compris l’étendue et la profondeur de ma détresse et de mon amour. Cependant, en littérature, la narration « de moi à toi » est encore très peu utilisée, sauf dans le cas de journal intime ou des lettres ; comment narrer des actions à une seule personne sans tomber dans un hermétisme qui pourrait choquer le lecteur ou qui pourrait lui donner l’impression d’être face à une narration symboliste ou du genre de l’imaginaire ? ( je pense, par exemple a Aura de Carlos Fuentes) Et pire encore, comment le faire quand ce toi, en même temps, est un personnage de la narration ? Comment lui raconter sa propre vie ?

Or, avec son roman Chanson française, Sophie Létourneau a su profiter de ce particulier type de narration – le narrateur qui raconte à un des personnages de roman sa propre histoire pour exprimer de manière convaincante les devoirs d’une histoire d’amour. En évitant la narration en première personne Létourneau évite, je crois, la création d’une narration trop superficielle et complaisante, car dans une histoire d’amour, on le sait tous, le « je » est toujours trop impartial, trop engagé dans tous les méandres de l’histoire pour ne pas la manipuler à sa faveur.

Chanson française raconte l’histoire de Béatrice, jeune enseignante québécoise qui planifie de passer un an à Paris – ville qu’elle adore. Avant de partir, lors d’une soirée entre amis, elle fait la connaissance de Christophe, jeune Parisien vivant à Montréal. Et l’amour les frappe de plein fouet en bouleversant leurs vies: elle rêve encore de voyager en France ; lui, il déteste Paris et ne désire aucunement y retourne ; elle lui avoue son départ la journée même où il lui déclare son amour et son désir d’acheter une maison pour les deux; elle part à Paris, lui, il reste à Montréal.

Nous sommes loin du roman de fille pleurnicheur où le seul but est d’ y ramasser au fur et à mesure les pierres d’assise ultra-connues que la lectrice de ces romans cherche : la rencontre avec un rival, les obstacles à cet amour qui paraissait si compliqué quand la vérité était là devant ses yeux, etc. , etc., etc.

Or, avec une narration plus conventionnelle à la troisième personne, le roman aurait pu tomber dans la banalité du déjà lu, car beaucoup des éléments de Chanson française ont été utilisés à maintes reprises : Paris, un amoureux français, une fille un peu trop pleine d’espoir et de naïveté; et même des chansons françaises ! Cependant, Chanson française avec sa narration « de moi à toi » évite tout piège – y compris le piège de vouloir faire une saga d’amour : combien de fois nous avons lu – tous – des bouquins qui se voulaient le nouveau Autant en emporte le vent et qui finissaient pour rassembler plutôt à Les Belles Histoires des pays d’en-haut!

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