1984 d’Eric Plamondon

J’aime les triptyques, en fait, Un de mes tableaux préférés en est un. Il s’agit de : Trois études pour une crucifixion de Francis Bacon (1962)

De même, le tableau vendu le plus cher au monde, Trois études de Lucian Freud, en est un aussi

– d’ailleurs du même artiste.

(En 2015, il a été déplacé par “les femmes d’Alger” de Picasso.)

Un triptyque a plusieurs connotations: en histoire de l’art, par exemple, a permis l’expression d’univers spirituels, comme la trinité. En littérature, il a été utilisé pour donner – comme on dit en hockey – “de la profondeur” au récit; pouvoir utiliser diverses facettes de la narration, de la thématique, comme quand Dante décrit l’au-delà divisé en trois régions le ciel, l’enfer, le purgatoire.

Un triptyque, donc, permet à l’artiste de mettre en valeur des facettes distinctes de la réalité, des interconnexions parfois inopinées, mais tout le temps enrichissantes.

Et en littérature, le triptyque s’appelle, parfois, trilogie…


1984 est une trilogie composée de trois romans qui jonglent avec les mots, les définitions et les récits de trois personnalités qui nous ont quittés. Cette Trilogie est construite avec des chapitres courts, et même parfois très courts, dans lesquels se déroulent des “factoïdes”; des anecdotes réelles, mais parfois farfelues ou extraordinairement précises; de la poésie; des énumérations, sorte de chaînes sémantiques qui nous surprennent agréablement.

Trios romans forment la trilogie 1984:

 

 

1) Hongrie-Hollywood Express

Par le biais de la plume de Gabriel Rivages, écrivain québécois, Hongrie-Hollywood Express nous raconte la vie de Johnny Weissmuller, médailliste olympique en natation et star cinématographique des années trente. Mieux connu par son interprétation de Tarzan sur l’écran.

Le roman nous raconte autant ses moments de gloire que de déclin. Comme dans tous les volumes de cette trilogie, cette histoire centrale est parsemée de vignettes qui nous parlent d’Einstein, de William Burroughs, de l’arrivée du bikini à Montréal, tout dans un pastiche efficace et amusant, savoureusement déconstruit.

 

2) Mayonnaise

Cette fois-ci, l’intrigue tourne autour du poète américain Richard Brautigan qui un jour aurait écrit, dans son dernier roman, La Pêche à la truite en Amérique:

“J’ai toujours voulu écrire un livre qui se termine par le mot mayonnaise.”

Mayonnaise a le même format que Hongrie-Hollywood Express: des micro-chapitres par le biais desquels Plamondon, dans la peau de Rivages, tisse autour de la biographie de Brautigan, connu comme le dernier poète Beatnik, une couette d’anecdotes et de faits divers.

 

3) Pomme S

Dernier roman de la trilogie qui lui donne les derniers coups de “ciselage”.

Autour du désormais mythique Steve Jobs, Pomme S nous présente un peu plus du personnage de Gabriel Rivages en tant que québécois, en tant qu’écrivain en herbe, en tant qu’amant et en tant que père.

Et on comprendra beaucoup de choses: l’importance de l’année 1984 pour Rivages, en passant par, évidemment, Georges Orwell et son roman 1984; par les Beatles et leur compagnie de production et, finalement, par Steve Jobs, sa compagnie Apple (et la fameuse pub qui changera l’univers de la publicité cette année-là) et la création de la Mac avec son raccourci Pomme S.

L’illogique apparente des choix thématiques à l’intérieur de chacun des romans est tout à fait voulue. Plamondon, avec ces éléments que l’on croirait disparates, parfois farfelus, parfois pleins de sapience, établit des liens étroits, des concaténations, voire des nouvelles constellations des faits qui deviennent évidentes et justes au fur et à mesure.

On comprendra que cette trilogie parle – nous parle – de la langue

de l’écriture

de l’inéluctable besoin d’écrire.

C’est l’auteur, Gabriel Rivages, qui comble, tel un dieu

tel un demiurge

tel un créateur

tel un magicien, le vide entre les chapitres et les histoires pour en créer une réalité parmi tant d’autres possibles.

On saura alors qu’on peut, si l’on veut, faire avec l’histoire de chaque personnage: Weissmuller, Brautigan, Jobs, une légende sur la réussite ou sur la défaite; on peut les détruire en les décrivant comme des êtres pleins de défauts et/ou de vices, ou on peut les élever aux hauteurs de demi-dieux.

En effet, 1984 est une ode à la création à la gestation: d’un roman,

d’un enfant,

d’une vie,

d’un mythe.

Parce que la vie et la littérature sont comme la mayonnaise, faites d’éléments hétérogènes: de l’huile, du sel, des œufs qui se mélangent pour donner vie à quelque chose d’autre, quelque chose d’inusité; parce que, en fin de compte, c’est le hasard qui dit son dernier mot, car parfois une mayonnaise,

comme un roman,

comme un enfant,

comme un mythe,

comme la vie quoi!

Ça prend ou ça ne prend pas.

Et on n’y peut rien.

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