Guano de Louis Carmain

Louis Carmain

Premier roman de l’écrivain québécois Louis Carmain. L’histoire se situe en
Amérique du Sud aux alentours des années 1800 et raconte les vicissitudes
entourant une expédition scientifique espagnole, expédition qui se
transformera inopinément dans une guerre entre l’Espagne et le Pérou.

Le roman nous présente un autre axe, différent de
celui du roman historique, celui de l’histoire d’amour entre deux de ces
personnages, Simon Christiano Claro et Montse Sanchez Ortuno.

Le lieutenant Simon est responsable des communications
sur un des navires de l’expédition scientifique qui cercle les
littoraux sud-américains. Son travail, il l’accomplit en embellissant
les informations qu’il doit transmettre et archiver en leur donnant un
peu plus de vivacité, de grandiloquence.

Montse est la fille – vieille fille, car elle a  déjà entamé la trentaine –  d’un riche Hacendado
espagnol au Pérou.  Elle est une lectrice vorace et rêve de quelque
chose de différent. Elle est distincte aux autres filles de l’époque
résignées à vivre la vie qui leur a été consignée. Mais elle n’est pas
pour autant une rebelle ; ni Hedda Gabbler, ni Nora Torvald, ni
mademoiselle Julie – personnages archétype des femmes de la deuxième
moitié du XIXe siècle.

La rencontre entre Simon et Montse lors d’une
réception déclenchera cette histoire d’amour. Histoire qui se tissera,
plus mal que bien, entre les histoires tragiques – et bêtes
–  qui vont  entourer et modeler leurs destins.  D’une part, la mort du
père de Montse, et d’autre part, la guerre que ce fait va déclencher.

Le
premier roman de Carmain est un intéressant, inhabituel, efficace et
divertissant artefact littéraire. Entre autres, par le choix du roman de
genre comme première ouvre, et, deuxièmement, par le choix du genre
historique qu’au Québec est “réservé” aux femmes.

En
tant que lecteur,  plusieurs points de vues m’y sont offerts.  Il y a
bien sûr celui du roman historique et celui de l’histoire d’amour
tragique. Mais il y a aussi celui de l’écrivain et de l’écriture. Simon
qui doit embellir la routine du navire et qui doit rédiger la lettre que
Montsé lui avait demandée lors de leur première rencontre, demande
qu’il peinera à accomplir. De plus, il y a aussi la présence du
narrateur qui nous fait de clins d’œil satiriques.
Il nous parle, par exemple, de Darwin et de Psychologie. Même si la
théorie des espèces et le développement de la psychologie en tant que
science datent de la première partie du XIXe siècle, il me semble que la
perspective du narrateur concernant ses disciplines se penche vers
notre vision contemporaine plutôt que vers la façon dont on les abordait
à l’époque du roman.

Nous pouvons parler d’un roman influencé pour, par
exemple, le nouveau roman français, en ce qui a trait à  la manière de
raconter les histoires ; nous pourrions aussi trouver des influences du
roman satirique hispanophone (Le Quichotte, Lazarillo de Tormes); ou,
finalement, nous pourrions avancer qu’il s’agit d’une revisitation postmoderne du roman historique et du roman d’amour.

En
effet, Carmain semble reconnaître et jouer avec le fait que le lecteur
contemporain, même le plus naïf, entame la lecture d’un ouvrage avec un
bagage précis  ;  nul ne peut affirmer méconnaître les possibilités et
les conventions d’une histoire tragique ou d’une histoire d’‘amour.

Guano
me semble un des meilleurs romans, car  innovateur et inhabituel, de la
rentrée littéraire de l’année passée, qui, malheureusement, pourrait se
perdre, comme tant d’autres, dans l’océan des publications actuelles.

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