Au sujet de José Emilio Pacheco

José Emilio Pacheco

Les livres que l’on lit durant l’adolescence appartiennent, d’une
certaine façon, à la sphère du
sacré. Ils sont, en quelque sorte, des expériences mythiques qui nous marquent
à jamais.  Très souvent, j’ai eu peur de
les relire, car je crains que leur aura, cette force, cette énergie particulière qui émanait d’eux lors de la
première lecture ne soit pas disparue ou,
au moins, se soit affaibli avec le temps. 

Il m’est déjà arrivé lors de la lecture, il y a quelques années, de The
Great Gatsby
, bouquin que j’avais lu, en
espagnol, il y a 20 ans. À vrai dire, je
ne me rappelais pas l’histoire, mais je me souvenais des émotions que j’avais ressenties lors de
cette première lecture. Malheureusement, à la deuxième lecture, cette fois dans
la langue d’origine, l’aura dont je parlais tantôt n’était pas au rendez-vous. En
fait, toute cette deuxième lecture a été obscurcit par le manque d’émotion
d’autrefois. Donc, depuis cette expérience catastrophique, je n’ose pas relire
ces bouquins qui ont fait mes délices et qui ont laissé des empreintes indélébiles
lors de sa première lecture.
C’est pour cela que je ne me suis pas risqué à la lecture, une deuxième
fois, de
Morirás lejos de JoséEmilio Pacheco, malgré l’opportunité de le faire en trouvant une édition en espagnol dans
la bibliothèque de l’Université de Montréal lors de mes études de maîtrise. Et
aujourd’hui, en écoutant la nouvelle de sa mort, mes souvenirs m’ont transporté
vers le tourbillon d’émois que la lecture de ce bouquin avait provoqué en moi.

Ma première rencontre avec José Emilio Pacheco fut lors de la lecture de
sa nouvelle
Elprincipio del placer qui était incluse dans l’anthologie Ritos de iniciación compilée par l’auteur mexicain GustavoSainz. Anthologie de nouvelles sur l’adolescence que la professeure de
rédaction au CCH Naucalpan, nous avait donné comme devoir de lecture. Cette
anthologie m’avait permis de connaître, non seulement José Emilio Pacheco, mais
aussi Antonio Skármeta,  ClariceLispector et Marta Traba, entre autres.
Mais la rencontre avec une ouvre de José Emilio Pacheco qui m’a le plus
marqué fut  Moriras Lejos
(Tu mourras ailleurs), dont
je me suis procuré une copie grâce à
l’excellente collection du Fondo deCultura Económica. Collection qui distribuait hebdomadairement des éditions
de livres d’auteurs mexicains dans les kiosques de vente de journaux et de
magazines, ce qui m’avait mis en contact avec des œuvres comme Las BuenasConciencias de Carlos Fuentes, Las Posibilidades del Odio de Maria Luisa Puga et El Complot Mongol de Rafael Bernal– un polar mexicain aux allures de conflit international à l’ère de la  guerre froide.
Ce que je retiens de ma lecture de Morirás lejos, fut  le
traitement de la phrase et la possibilité de lire plusieurs dénouements. C’était
un des premiers romans que je lisais dans lequels la langue – ou au moins une des premières fois où je me suis en aperçu- devenait presque un personnage en soi.
Cette relation aride, mais à la fois plein de possibilités et de méandres, entre les deux personnages du roman ;
tout court : M qui observe Quelqu’un.
Et il y a toujours, toujours, la ville…
Mais je n’aimerais surtout pas
m’attarder davantage à sur le roman, de peur, encore une fois, de me tromper et
de ne pas surpasser les attentes de la première lecture.  J’espère au moins vous avoir incité à
connaître cet auteur.
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